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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 14:52

Fête des Simples 2014 à Fleury-la-Montagne (71),

27 et 28 septembre

 

Simples : Syndicat intermassif pour la promotion et l’économie des Simples

 

Fleury-la-Montagne est un petit village perché sur un coteau mâconnais ; on s’en souviendra de cette belle fête installée partout en chapiteaux entre les maisons, l’église, la place de la mairie, les champs et le cimetière. Le dimanche 28 septembre, il faisait beau et chaud, la foule était au rendez-vous, le terrain de camping  et les parkings étaient pleins. Producteurs, transformateurs, cueilleurs de plantes aromatiques et médicinales, associations d’herboristes et écoles,  magazines et libraires, cuisiniers et buvettes, tous se réjouissaient de ce rassemblement inouï et réussi.

 

La conférence de Thierry Thévenin

 

Ce dimanche matin, il y avait conférence de Thierry Thévenin, porte-parole des Simples (Syndicat des producteurs-cueilleurs de plantes médicinales, aromatiques, alimentaires, cosmétiques et tinctoriales, qui travaille selon un cahier des charges écologique extrêmement strict en matière de protection de l’environnement, de préservation des ressources floristiques, de qualité de la production et de respect du consommateur), producteur-cueilleur lui-même de plantes médicinales, herboriste et botaniste de terrain depuis plus de vingt-cinq ans.

 

 Le thème était l’histoire de l’herboristerie.

Plutôt que de résumer la conférence très riche de Thierry Thévenin, je vais citer quelques passages. Se soigner par les plantes, c’est non seulement un savoir ancestral humain mais aussi animal. Les scientifiques étudiant les chimpanzés ont remarqué qu’ils utilisaient 80 plantes pour leur bien-être.  Depuis les débuts de l’humanité, les hommes se soignent par eux-mêmes avec des pratiques ancestrales que l’on retrouve dans toutes les civilisations et qui subsistent encore dans les sociétés primitives. Mais dès l’Antiquité, l’urbanisation accélère la différenciation des tâches, ce sont des personnes différentes qui cueillent et qui soignent. Médecine et pouvoir vont ensemble, religion et pouvoir aussi. La tendance à contrôler la médecine s’instaure et continue encore de nos jours.

 

 Au Moyen Age, les universités délivrent des diplômes de médecin à Paris, Lyon et Montpellier, dont sont exclus les femmes et les juifs. La profession de médecin reconnue par le roi marginalise les « herbiers » et les apothicaires, qui se voient interdits de prescrire des plantes par ordonnance. De même sont rejetés les « bonnes femmes », les médecins juifs et les rebouteux. Une femme nommée Jacqueline Félicie est condamnée à mort par la médecine de Paris, déclarée ignare, inculte parce qu’elle ne parlait pas le latin. A Toulouse, 400 femmes sont brûlées en une journée.

 

Herboristes sous tutelle

 

Au XVIIIe siècle, toutes les corporations sont abolies en 1791, mais très vite la corporation des médecins et pharmaciens est rétablie. Sous Napoléon, sont créées les écoles de pharmacie, et les herboristes ont leur place dans les facultés ; ils resteront sous tutelle des pharmaciens pendant 150 ans.

 

Au XXe siècle, c’est l’invasion technologique, les conditions de vie dans les usines sont terribles et les produits industriels envahissent les pharmacies. La profession de pharmacien est majoritairement masculine, alors qu’il y a de 4 à 10 fois plus de femmes chez les herboristes. En 1941 est supprimé le diplôme d’herboriste. La médecine s’industrialise. Cependant dès la fin des années 1960 les plantes reviennent en force avec des voix qui les portent : Dr Henri Leclerc, Pierre Lieutaghi, Dr Nature (Valnet), Mességué, Yves Rocher, etc.

 

Conférence de l'après-midi

 

Après l’interruption du déjeuner, nous nous retrouvons sous le grand chapiteau pour la dernière conférence-table ronde avec de nombreuses personnalités :

 

Gérard Ducerf, botaniste de terrain, formateur en botanique, plantes médicinales et alimentaire. Diagnostics de sols. Ecrivain.

 

Philippe Plat, vétérinaire phytothérapeute (utiliser le bio-végétal pour guérir le bio-animal).

 

Aline Mercan : tout en exerçant la médecine générale, Aline Mercan est doctorante en anthropologie bioculturelle au CReCSS sous la direction d’Alice Desclaux. Son premier axe de recherche est l’anthropologie de l’action l’humanitaire. Son mémoire de master a ainsi été consacré aux activités d’ONG oeuvrant au Tibet. Elle a réalisé plusieurs évaluations d’actions de développement sanitaire utilisant des méthodes qualitatives (Mongolie et Tunisie). Son deuxième axe de recherche est centré sur les pharmacopées des CAM et des « médecines traditionnelles », à travers une approche combinant ethnobotanique, anthropologie du (phyto)médicament et anthropologie des sciences. 

 

Anne-Catherine Martin, médecin homéopathe, anthroposophe ;  il faut trouver la plante qui va aider la personne à guérir.

 

Maria Kinieren, guérisseuse indienne Mapuche ;

et Ruth Stegeds, animatrice du débat.

 

Le thème retenu était celui de la fête 2014 : Plantes et santé.

 

L’animatrice a d’abord suggéré au public de poser ses questions afin que les intervenants répondent globalement  et chacun suivant son domaine, une seule question pouvant avoir plusieurs réponses.

 

A la question de la disponibilité de la ressource, Thierry Thévenin a répondu que cette interrogation était évidemment primordiale. Nous sommes déjà 7 milliards d’êtres humains ; quelles quantités de plantes seront collectées par la suite ? Prenons l’exemple d’Arnica montana, c’est une plante précieuse, il faut donc l’utiliser avec parcimonie. Qu’en sera-t-il avec la libération de 400 plantes sur le marché ?

 

Médecines orientales à la mode

 

Aline Mercan parle des modes actuelles pour les médecines orientales : ayurvédique, chinoise, etc., qui mettent en danger les ressources. La flore himalayenne est pillée, vendue sur Internet sans contrôle des ressources ni protection. Par exemple, Harpagophytum est menacé.

 

Maria Kinieren confirme qu’au Chili il y a surexploitation des ressources en direction de l’Europe.

 

Thierry Thévenin explique que les Simples étudient avec les cueilleurs un projet nommé « Flores » de protection de la ressource.

 

Qualité des plantes dans un environnement pollué : pour M. Ducerf, heureusement il existe des endroits où la nature peut absorber la pollution (nature-tampon). La plante peut acquérir en zone polluée d’autres propriétés.

 

Mot d'ordre : résistance

 

De nombreuses questions sont encore posées pour lesquelles je n’ai pas pris de notes. Mais le sens est donné : nous devons résister le plus possible, nous unir contre la marchandisation du monde, respecter la nature et protéger la planète pour nos enfants et petits-enfants.

 

Dernière question importante : où se tiendra la prochaine fête des Simples ? Pour l’instant, pas de proposition. Des applaudissements ponctuent la fin du rassemblement et la réussite de l’organisation.

 

Bibliographie : T. Thévenin, Plaidoyer pour l’herboristerie (Comprendre et défendre les plantes médicinales), Actes Sud, Domaine du possible, 2013 ; Les Plantes sauvages. Connaître, cueillir et utiliser, éd. Lucien Souvy, 2008.

 

Gérard Ducerf : Promonature : http://www.promonature.com

  Encyclopédie des plantes bio-indicatrices, tome 3

  Encyclopedie des plantes bio-indicatrice Volume 2 de Gérard Ducerf

 

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commentaires

organique 12/11/2014 01:24

Merci beaucoup pour cet extrait de littérature. Continuez.

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