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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 18:16

 

 

L'Odyssée chamanique

 

Le village du lac

Mai 2016

 

 

 

            J'en ai beaucoup rêvé quelques mois auparavant...

            J'ai l'esprit vagabond et le cœur propice aux rencontres extravagantes.

 

            Dans l'esprit, un cercle magique inscrit au milieu du « Grand Tout », bien avant que je pousse mon premier cri.

            Dans la matière – une roue de médecine en majesté – encerclée par une nature âpre et sauvage ; un point de convergence d'un monde phénoménal peuplé de rêves, d'âme feu follet, d'inspirés ou de « rescapés » d'un quotidien sans foi ni loi.

 

            Il pleut des cordes grises et drues, il fait froid (atmosphère des « Hauts de Hurlevent »...).

            Nous sommes là, à la queue leu-leu, silencieux, concentrés, éberlués, vêtus de tenues improbables, de plumes, de tissus bariolés – échappés en vrac d'une planète non identifiée – un hic dans ce scénario intemporel : certains ont enfilé à la hâte des sacs-poubelle pour se protéger du vent mauvais et de l'humidité pénétrante.

 

            Nous avançons sur un rythme cadencé au son des tambours, dans une communion solennelle, en direction de la roue de médecine.

            Dans quelques instants nous allons tirer au sort pour savoir dans quel « cadran » commence notre quête – il y en a quatre (alignés sur les points cardinaux).

 

            Je suis aimantée par le Nord. Je me plante là, devant la porte qui symbolise le Nord et j'attends le chapeau ! Quelqu'un me fait remarquer que je n'ai pas à me placer là, d'autorité ; consciente que je suis à ma place, j'y reste ! Je tire un papier du chapeau... : c'est bien ma tribu d'accueil.

            J'hérite, nous héritons de Sophie Clémenceau, Roy Little Sun, Anja Norman et Stephen Wickaert.

 

            Chaque groupe reproduit à l'identique celui du voisin, au son des tambours entêtants, à l'intérieur de son espace dédié. L'émotion est palpable, le ciel plombé, le froid paraît se complaire au Nord...

 

            Nous déambulons, oscillons, hypnotisés par nos attentes réciproques, notre foi dans ce rituel, la beauté des gestes et du lieu.

 

            J'ai le sentiment prégnant que le chamanisme, c'est d'abord et avant tout cette complicité avec Le Grand Esprit qui s'invite au milieu du cercle, cette adhésion à la terre mère qui exulte à travers nos incantations, qui pulse en vagues déferlantes et bariolées à l'assaut du Moi Central, le tien, le mien, le nôtre.

 

J'ai perdu le Nord

 

 

            Déboussolée, j'ai perdu le Nord et « tu es » à l'ouest... Quelques têtes remarquables se distinguent du lot : Roy Little Sun (petit lutin solaire), Vera Shazhina (la transe sibérienne), Pahana (l'Homme-Serpent), Moudouma, Tiegnery..., puis au fil des jours des découvertes plus subtiles, des voix tripales, cristallines, envoûtantes (Fabienne , Poumi).

 

            Certaines affinités électives se dessinent entre les différents participants et les chamans – J'en suis secrètement imprégnée – Je perçois instinctivement des regards furtifs, l'impression de me fondre dans leur étrangeté, d'être happée par leurs yeux, leur présence !

 

            Savent-ils, croient-ils à cette incarnation cannibale qui absorbe leur densité et la restitue en une offrande œcuménique ?

 

            A la rupture du rituel, même le réfectoire semble sublimer sa fonction primaire ; c'est devenu un Haut Lieu de mixité social et animique.

 

            Assise, au milieu de cette tribu, j'écoute et m'imprègne des phrases lancées à la volée, rattrapées par le voisin, décortiquées, digérées, intégrées par le groupe. Présence à soi, présence à autrui, c'est ce qui est le plus tangible au fil des jours dans les différents cadrans, ou dans les rencontres informelles. L'espace est rempli par notre présence : celle des chamans, quêteur de rêves, procurateurs du Grand Esprit, passeurs d'espoir, paratonnerres.

 

            Deuxième, troisième et quatrième jours

 

            Il pleut beaucoup, il fait toujours aussi froid. Dans l'après-midi du deuxième jour, les chamans proposent une partie des rituels à l'intérieur. Nous regagnons la salle de présentation ; la nôtre, celle du Nord – nous y avons décliné, hier, notre identité, brièvement pour la plupart, intensément pour certains avec des larmes, du silence et des rires.

 

            Nous allons utiliser cette salle comme un sanctuaire dédié à un rituel de Passage – une corde (cordon ombilical), qui sinue et s'insinue d'une salle à l'autre à travers un couloir, nous amène à quatre pattes chacun avec son histoire, sa quête, son rêve – à traverser l'espace, passer sous un portique de branchages, pour ADVENIR – c'est beau, plus ou moins inquiétant, c'est magique !

 

            En ce qui me concerne j'ai du « vent dans les voiles » ; j'entends le vol des aigles autour de moi, leurs ailes me frôlent... Le sacre du printemps ; je suis dans ma tribu, à tâtons, sans respirer, je rampe à nouveau à travers des corps assis ou allongés, les yeux bandés ; je reste là, clouée au sol en mode déphasé. C'est long, c'est beau, c'est magique…

 

Deux heures plus tard, les yeux ouverts.

 

            Ils sont tous là, abasourdis, calmes, assignés dans la lumière. « Nos quatre chamans » sont alignés contre le mur – Nous nous regardons, puis nous échangeons à tour de rôle nos impressions avant d'aller déposer, vers l'autel consacré, un objet qui nous tient à cœur.

            Nous quittons la salle après avoir, selon nos désirs ou nos besoins, échangé avec un de nos guides.

            Chaque jour, troisième et quatrième, nous partageons le rituel de la roue de médecine en changeant de cadran, de chaman de référence et de partage : hutte de sudation, respiration holotropique, marche à l'aveugle dans la forêt, baignade dans le lac.

 

 

            Nous sommes totalement libres de participer à ces rituels, d'assister ou non aux expériences, aux soirées musicales ou aux contes. L'ambiance est fraternelle, les sens sont aiguisés, les points de vue affûtés, les réfractaires peu nombreux.

 

            Les repas sont d'excellente qualité ; beaucoup de soin, beaucoup de respect dans cet espace de hautes terres... Une peuplade dépareillée, étrange ; tous les âges sont représentés ; les témoignages près des feux sont touchants, authentiques ; pleurs ou cri de joie, chants, mélopées, incantations à l'unisson... Cœur qui bat la chamade au milieu des cœurs qui battent la mesure – Le Grand Esprit est là, bien présent – il fait, enfin, beau.

 

            Nous allons tisser du lien autour des mâts de « Reliance ». Tous réunis, en circonvolution – chacun un fil de couleur différent dans la main, dessus dessous, dessus dessous… Absorbés par la beauté des « cordelettes » tressées qui vont serpenter et au final « coiffer » le mât sous l’œil bienveillant du soleil et du Grand Esprit.

 

            Notre adhésion d'hier et d'aujourd'hui se concrétise.

 

 C'est enchevêtré, multicolore, multiracial.

 

           J'avance, je ne pense plus, nous avançons, je m'arrête, tu t'arrêtes, nous nous arrêtons – c'est « l'arrêt mission ».

 

            Demain est un autre jour.

            Demain c'est aujourd'hui – la cérémonie des adieux, orchestrée principalement par Roy Little Sun (roi des lutins solaires). Il porte son nom haut en couleur dans les sphères de l'architecture naturelle, grandiose et inaltérable.

 

            Il nous invite à danser nos adieux en vagues successives, en dessinant des huit à l'intérieur de la Roue accompagnés par le son lancinant des tambours. Vu du ciel, le Grand Esprit, le Grand Manitou doivent se réjouir de notre jubilation. Cette cérémonie revêt un aspect de fête païenne, où se mêlent nos derniers chants, nos derniers cris de joie, notre symbiose sous un ciel enfin bleu.

 

            Nous nous étreignons les uns les autres avec beaucoup de ferveur – Il est l'heure de se quitter.

 

            Merci à tous, à ces compagnons d'un jour, à ceux qui ont pénétré mon cœur et mon esprit pendant ces quatre jours. Merci aux enchanteresses, merci aux chamans, à leur ombre portée, à leur message subtil.

 

            Merci au ciel et à la terre d'Ardèche (terre d'audace)  haut lieu de l'Esprit et du Partage .

 

 A l'odyssée 2017

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Published by Ghislaine Faure - dans stage, chamanisme, chamans
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