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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 21:31

Notes personnelles sur le 5e Congrès

des herboristes

 les 8 et 9 avril 2017, à Angers,

organisé par la Fédération française des écoles d’herboristerie

 

Thème 2017 : L’herboristerie 2.0.

Construire l’herboristerie de demain

 

Le programme imprimé était magnifique, l’organisation impeccable, l’accueil chaleureux ; rien n’a manqué au 5e Congrès des herboristes : le menu végétarien était équilibré, et à la pause déjeuner : visites en groupes du Jardin botanique qui jouxte le centre de congrès.

Sans  oublier la projection du film de Marion Gervais : « Anaïs s’en va-t’en guerre », de 46 mn, au sujet de l’installation d’Anaïs Kerhoas, jeune productrice de plantes aromatiques et médicinales. Et encore la tisane spéciale de Yannick Bohbot, à volonté à chaque pause, originale et intense (mauve, fenouil et cosses de cacao).

La FFEH a été créée en 2014 par cinq écoles d’herboristerie : l’ARH (Association pour le renouveau de l’herboristerie), EBH (Ecole bretonne d’herboristerie), ELPM (Ecole lyonnaise des plantes médicinales), EPP (Ecole des plantes de Paris), et INDERPLAM (Institut méditerranéen de documentation, d’enseignement et de recherches sur les plantes médicinales). Elle a pour objet de faire reconnaître le métier d’herboriste en France, de définir la profession, et de garantir un enseignement de qualité commun en vue de l’homologation du diplôme d’herboriste.

Samedi 8 avril

Les conférences du samedi étaient consacrées à : « L’existant »

Première conférence : L’usage des plantes dans les civilisations anciennes, par Claire Laurant, ethnobotaniste.

Qu’est-ce qu’une civilisation ancienne ? La définition est variable selon les continents, mais on note une continuité  à travers les siècles. La tisane est la voie galénique royale, mais il y a aussi les poudres, les sirops, vins médicinaux et boissons fermentées.

Hippocrate disait : « Les plantes locales soignent les maladies locales ». C’est pourquoi ceux qui connaissent les plantes sont des passeurs et des protecteurs.

Deuxième conférence : De l’Antiquité au 18e siècle, par Lionel Hignard, auteur, écrivain.

La connaissance des plantes médicinales est venue de l’observation des animaux, qui trouvent d’eux-mêmes les plantes qui les soignent. Dès le début, la médecine des plantes est tributaire de l’astronomie et de l’astrologie. Dans le monde romain, tout le monde s’intéresse aux plantes, de l’empereur aux philosophes.

Mithridate s’immunise en mangeant du poison à petites doses : c’est la mithridatisation.

Dioscoride rédige le Materia medica, premier manuel d’utilisation des plantes. Virgile chante les plantes dans les Géorgiques, Marcellus Empiricus est le premier médecin gaulois, dont on sait encore peu de choses.

Troisième intervenante : Ida Bost, ethnobotaniste, chercheuse (thèse) : Du 18e  siècle à nos jours.

L’histoire de l’herboristerie connut un tournant majeur avec la création d’un certificat en 1803. Qui sont les herboristes au 18e siècle : des ambulants, des boutiquiers, majoritairement des femmes. Un groupe d’herboristes en 1752 va à la rencontre des médecins pour contrer les apothicaires. Ainsi en 1778, Edmé Gillot passe un examen d’herboriste et le réussit.

En 1791, la Révolution supprime les corporations, et laisse un chaos jusqu’en 1803, où la loi du 11 avril sur la pharmacie met les herboristes sous le contrôle des écoles de pharmacie. Le savoir des plantes n’était pas encadré, il n’y avait pas d’enseignement universitaire. Le certificat d’herboriste ne concerne pas les milieux modestes qui ne savent pas forcément écrire ni lire. Il existe donc des herboristes de seconde classe. Ce sont surtout des femmes, qui exercent chez elles, en rez-de-chaussée, et qui vendent de tout. Les plantes sont suspendues à des cordes (ex. : rue des Lombards).

C’est ainsi que naissent les corrélations sage-femme/herboriste, puis sorcière/avorteuse au 19e siècle.

En 1879, les pharmaciens s’attaquent aux herboristes pour supprimer le certificat ; ceux-ci créent pour résister les syndicats d’herboristes (en majorité des hommes, les femmes ne s’investissant guère), une revue, la Revue des herboristes (1934), et enfin l’Ecole nationale d’herboristerie.

Mais au 20e siècle, les syndicats s’opposent entre eux et s’affaiblissent. En 1941, c’est la suppression du certificat d’herboriste.

A partir de 1980, on assiste à un regain d’intérêt pour les herboristes : Marie-Antoinette Mulot publie « Les Secrets d’une herboriste », et on redécouvre la relation plantes/corps, et herboriste/corps.

 

Après-midi : formation, production, transformation

Table ronde à propos de la formation du métier d’herboriste

L’unification de la formation est en marche : les matières de chaque école sont énumérées : botanique, physiologie végétale, chimie organique, pharmacologie, anatomo-physiologie, aromathérapie, nutrition, alimentation, gestion commerciale et réglementation, culture et production, etc.

Les cinq piliers de la formation sont : reconnaître, récolter (cueillir), transformer, distribuer, conseiller.

Quatrième intervenant : Thierry Thévenin, paysan-herboriste, porte-parole du syndicat Simples, cofondateur de la Fédération des paysans-herboristes.

Il y a maintenant de plus en plus d’installations de paysans producteurs et récolteurs de plantes aromatiques et médicinales, et une formation continue est organisée par Simples.

Bien que la pollution soit globale au niveau mondial, même en montagne, Thierry Thévenin insiste sur la nécessité de récolter à l’écart des sources de pollution majeures. Les espèces protégées ne sont pas cueillies. On peut se renseigner auprès de l’Association française des professionnels des cueillettes de plantes sauvages.

Autre intervention : Jean Maison, distributeur, Le Comptoir d’herboristerie

La question essentielle est celle-ci : comment gérer un site ? La ressource est le point crucial, il faut transmettre au client le souci de la matière. La tisane est un terroir, toutes les régions ont des essences différentes.

La plante, source de prévention, renoue avec l’archaïsme et en même temps est dans la modernité.

Le travail de séchage, coupage, tamisage est une manutention importante et il faut adapter le travail à la destination finale. Le métier de cueilleur est très dur. Le niveau de pollution est en expansion.

Pour résister : ne pas conduire la croissance sur le dos de la plante ; travailler sur le langage et la qualité.

Les plantes au secours du vivant

Autre intervention : Olivia Tavares, Les plantes et les animaux.

Travail réalisé avec un groupe d’éleveurs de chèvres pâturant sur l’utilisation des huiles essentielles pour soigner leurs animaux des parasites qui attaquent leur système digestif : les strongles.

La chèvre choisit elle-même selon les huiles essentielles qu’on lui propose : thym à thymol, sarriette des montagnes, tanaisie, artemisia alba alba, etc.

Pour la digestion : poivre noir, coriandre, céleri ;

La respiration : épicéa, Eucalyptus radiata, pin maritime, sapin baumier ;

Le comportement : vétiver, valériane, ylang-ylang, fleur d’oranger ;

Et encore : HE de clou de girofle, thym, ail, Ravintsara, Tea-tree.

Il est nécessaire de pratiquer la rotation des prairies pour éradiquer les parasites (prairies temporaires). Les rapports avec les administrations ne sont pas faciles, il faut parler d’automédication du troupeau.

Dimanche 9 avril

« Version 2.0 » : les défis de l’herboristerie

Première intervention : Flavien Meunier, avocat, La législation actuelle et en devenir.

La législation actuelle relative aux plantes et aux métiers associés demeure imprécise, ce qui constitue une source d’insécurité juridique. Le combat porte sur les allégations thérapeutiques (exercice illégal de la médecine) ; mais depuis 2014 il existe une liste d’allégations santé (validées ou en cours).

Deuxième intervenant : Jocelyne Cambacedes, du Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées.

En vue de la préservation de la ressource végétale, le conservatoire travaille avec l’Association française des professionnels de la cueillette et Florès à l’inventaire des plantes sauvages présentes à tel endroit. Il existe un site de répertoire national : siflores.fcbn.fr , et une liste rouge des plantes menacées dans chaque région. Chacun peut signaler une présence ou une menace ou enrichir une connaissance.

La diversité génétique des plantes est importante et discrète, elle permet d’affronter les aléas climatiques. Il faut limiter la cueillette de façon à ce que la population s’accroisse.

Troisième intervenant : Christine Cieur, docteur en pharmacie : L’aromathérapie du 21e siècle

L’aromathérapie constitue un avenir thérapeutique. Il faut reconsidérer l’urgence écologique : la pollution est intérieure et  extérieure. Les médicaments ont des effets secondaires multiples, par exemple les statines provoquent des douleurs musculaires ; les anti-inflammatoires, des problèmes gastriques ; nous sommes sous le règne des « anti », mais le contre n’est pas toujours la meilleure solution ! Les huiles essentielles sont pour la vie (eubiotiques).

Les huiles essentielles ont plusieurs centaines de composants : leur action est bio-énergétique : les cellules sont capables de communiquer entre elles de façon électromagnétique ; pharmacologique : les doses faibles permettent à l’organisme de se reprendre en main, c’est l’effet synergique global (ce ne sont pas la qualité ou la quantité des principes actifs qui sont déterminants mais la synergie). Les huiles essentielles agissent par la diminution des sécrétions ou l’activation des sécrétions et par l’implication hormonale. Il y a des HE à activité oestrogénique : la sauge sclarée, l’angélique, le cyprès ; à activité informationnelle : endogène, les sécrétions sont stimulées ; exogène, par voie olfactive : sécrétion d’hormones, odeurs-plaisir, calme, effet clinique.

La spécificité individuelle est importante : chaque individu a un terrain propre, d’où un traitement spécifique intégré nécessaire pour restaurer l’équilibre de l’organisme ; soutenir les fonctions valides sans lutter « contre »  (par des mesures et des doses faibles).

Quatrième intervenant : Denis Bellenot, d’ITEPMAI, Les alcaloïdes dans les plantes à tisanes.

Les alcaloïdes sont des substances naturellement produites par plusieurs espèces de plantes, dont deux sortes en particulier sont toxiques et font l’objet de surveillance de la part des autorités sanitaires. Ce sont les alcaloïdes pyrrolizidiques et les alcaloïdes tropaniques.

En ce qui concerne les premiers, il y a surtout risque de consommation accidentelle par les chevaux avec les séneçons ; la toxicité vient de la transformation par le foie. En France, la présence d’alcaloïdes dans les thés et tisanes est de 16% (on trouve des séneçons dans les tisanes bio).

Trois familles de plantes concernées : les Astéracées, avec les séneçons, les ageratums ; les Borraginacées, avec l’héliotrope d’Europe, la consoude, la vipérine ; les Fabacées, avec la crotalaria.

Secundo, les alcaloïdes tropaniques que l’on trouve dans les familles suivantes : Brassicacées, Convolvulacées, Moracées, Solanacées, Erythroxylacées. La dose limite à ne pas dépasser est de 1µg/kg céréales. De fait les intoxications chez les animaux sont assez rares.

Après-midi : menaces et réflexions

Intervenant : Dr Paul Goetz, médecin phytothérapeute ; directeur du DU de phytothérapie de Paris XIII, rédacteur en chef de la revue Phytothérapie.

 La disparition du fichier des teintures-mères.

La teinture-mère est-elle la dernière arme du prescripteur ? On peut traiter le burn-out par la rhodiola ; la tachycardie par épuisement avec du jus d’argousier (Hippophae rhamnoïdes) ; la prostate avec de l’huile de pépins de courge.

Mais il faut éliminer les plantes toxiques, savoir lesquelles sont contre-indiquées avec certains médicaments. D’où le danger de l’automédication. Pour formuler un conseil thérapeutique, il faut avoir des notions de pathologie ; l’herboriste n’est pas un thérapeute.

Le complément alimentaire n’est pas un médicament. Une plante médicinale est une plante qui agit sur quelque chose de pathologique (liste Belfrit).

Il existe encore des teintures-mères, certaines sont sans intérêt (TM Eschscholzia californica), d’autres sont dangereuses (TM Hydrastis canadensis, toxique, TM Artemisia absinthium, TM Ignatia amara, TM Scutellaria, TM Gelsemium sempervirens).

Mais on peut citer : TM de topinambour, contre l’obésité (insuline) ; TM de Hierba santa, contre l’asthme (Eriodyction californica) ; TM de Magnolia est un anti-dépresseur, spasmolytique ; TM de Psydium goyava (goyave feuilles) contre les diarrhées infectieuses.

Le conseil thérapeutique est utile en partenariat avec le médecin.

Dernière intervenante : Bénédicte Bonzi, présidente de l’association InfO’GM, veille critique sur les OGM et les biotechnologies

Menaces sur le vivant, de nouveaux OGM bientôt au menu ? 

Qu’est-ce qu’un OGM ? Ce terme a été choisi par l’agro-industrie. On connaît surtout le maïs Mon810 ; mais il y a des OGM cachés : ce sont des plantes modifiées par muta-génèse, exclues du champ d’application de la directive européenne. Par exemple : 25% de tournesol, 2% de colza sont non déclarés et peuvent recevoir un herbicide.

Les nouveaux OGM : on rentre dans la cellule, on transforme le gène ; il n’y a pas de principe de précaution réclamé. Mais la transformation est irréversible sur un temps non contrôlé.

Les OGM servent à faire du profit, à contrôler les agriculteurs qui ne sont plus acteurs mais actants.

C’est un projet de société uniformisée au niveau mondial, qui affecte le comment vivre ensemble et comment s’alimenter.

Exemples : le lin, en 2009, le lin OGM est interdit en Europe, mais il est introduit par les céréales du Canada. Il n’y a pas de prise au sérieux des risques (intolérances alimentaires, allergies, etc.). Le soja, interdit en France est rentré par les ports ; il est résistant aux herbicides.

Sachons que toutes les semences hybrides ne sont pas faites pour se reproduire.

Conclusion

Michel Pierre : la création de la fédération est importante. Le syndicat Synaplantes défend les herboristeries de comptoir. Il ne faut pas avoir peur, mais avoir envie de faire un métier qui nous plaît. Les herboristes peuvent faire du conseil en santé, et la tisane individualisée est notre symbole.

Le nouveau métier sera de haut niveau, fondé sur la connaissance et la professionnalité !

 

 

 

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commentaires

ND 02/05/2017 19:00

Bonjour, je suis en 2. année ARH et je ne trouve pas d´entreprise pour faire une expérience obligatoire sur le terrain. L´ARH ne donne aucune adresse. Je suis près de neuf-Brisach (Alsace).

Comment avez-vous fait pendant votre formation?

Angelilie 23/04/2017 01:34

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte. N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

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