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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 21:35

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Guatemala, terre de volcans

 

S'envoler pour le Guatemala pendant les fêtes de fin d'année, c'était  un rêve, c'est devenu une réalité en décembre 2012, juste au moment du 13e Baktun, la nouvelle ère maya. Dans l'ignorance profonde de ce pays et de ce peuple d'Amérique centrale, rechercher quelques sachets de plantes médicinales sur les marchés et dans les officines de pharmacie paraissait une démarche possible à la rencontre de la pensée et de la civilisation mayas.

 

Dans la seule librairie de la capitale où l'on puisse trouver des livres en édition étrangère, je suis tombée sur le livre indispensable : "Les plantes médicinales des Mayas Kichés du Guatemala", de Jean-Pierre Nicolas, aux éditions Ibis Press.Tirée de sa thèse de doctorat, c'est en fait une étude ethnopharmacologique de la pharmacopée traditionnelle des Mayas Kichés, peuple du centre du pays. Mieux qu'un guide touristique, c'est une voie d'initiation vers la civilisation maya à travers son histoire jusqu'à ses coutumes, ses symboles, ses croyances, et donc sa médecine traditionnelle vivante. Ce fut ainsi un plaisir et une aventure de lire ce livre et de découvrir le pays et son peuple en même temps.

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Guatemala signifie "terre des arbres" en nahuatl, car la forêt tropicale est luxuriante et impressionnante. Le climat chaud et humide est tempéré par l'altitude des chaînes de montagne (Guatemala city est à 1500 m, les plus hauts sommets à 3000 m); deux saisons alternent, une sèche et une pluvieuse). Cependant la forêt tropicale est en recul incessant devant les cultures d'exportation (ananas, bananes, huile de palme, fruits, etc.) et la culture traditionnelle du maïs. Le maïs est à la fois le symbole de cette civilisation et la base de l'alimentation indigène avec les haricots noirs et le piment (cf "L'Homme de maïs", de Miguel Angel Asturias). Les Kichés sont l'ethnie majoritaire du Guatemala, qui en compte plus de cinq. Ce sont pour la plupart des petits paysans vivant dans la montagne et ne connaissant que la médecine traditionnelle. "La terre est le support du maïs, de la culture, de la communauté et de la famille", écrit Jean-Pierre Nicolas.

 

Bien que subissant de tous temps une forte discrimination raciale, les Mayas Kichés cherchent à faire vivre leurs savoirs ancestraux, et d'ailleurs les moyens de communication rudimentaires dans la sierra expliquent le maintien des pratiques médicales locales. La pauvreté de la population est grande, les installations sanitaires disséminées, les pharmacies vides, les hôpitaux rares et la méfiance tenace et partagée.

IMGP3332Cérémonie du 13e Baktun

 

L'étude de Jean-Pierre Nicolas rend compte d'une perspective ethnopharmacologique de l'aire maya doublement intéressante pour le voyageur : d'une part, pour l'histoire du pays, d'autre part, pour établir des convergences avec l'usage reconnu des plantes médicinales européennes.

Les relations des Mayas Kichés avec leur environnement sont classées suivant les catégories chaud/frais/froid, dans laquelle entrent les plantes alimentaires et médicinales, les animaux ainsi que les matériaux, les quatre éléments, les couleurs, le temps et les lieux. La dichotomie chaud/froid est considérée par certains scientifiques comme proche de la théorie des humeurs selon Hippocrate, pour d'autres elle est universelle, le dualisme faisant partie intégrante de la pensée humaine.

La conception du monde selon les Mayas est celle de l'opposition des contraires, qui organise l'univers et explique sa diversité, son ordre et son mouvement."Le ciel et la terre, le chaud et le froid, la lumière et l'obscurité, l'homme et la femme, la force et la faiblesse, le haut et le bas, la pluie et la sécheresse... sont en même temps des paires polaires et complémentaires. (...) L'homme est au centre de l'univers. L'équilibre et l'harmonie sont fondamentaux pour assurer la santé, non seulement du corps humain mais du corps social tout entier." (Nicolas)


Le corps humain est considéré dans son état normal comme frais. La maladie est le résultat de la perte d"équilibre entre le chaud et le froid, l'excès de l'un ou de l'autre. Le corps récupère son équilibre par une alimentation, une médication et une hygiène environnementale correspondant à la qualité opposée de la classification chaud/frais/froid de la maladie et situé dans un continuum chaud/frais/froid. Le classement des plantes médicinales dans cette organisation s'effectue en fonction de l'espace et du temps puis de l'état sauvage ou domestique. Celle qui croît sur la montagne se rapproche du soleil, de Dieu, est chaude; à l'inverse, celle qui est près ou dans l'eau, à l'ombre, dans le bas, est froide. Il y a toutes sortes de nuances et de variations des états des plantes mêmes que je ne peux résumer ici, et pour lesquelles je renvoie à l'étude du livre passionnant de Nicolas.

Pour maintenir son équilibre dans le cosmos, l'homme doit maîtriser l'équilibre de son alimentation. Trois repas dans la journée sont institutionnalisés autour du maïs, qui est considéré comme substance sacrée. La cuisine réside dans la maîtrise du chaud, le repas cuisiné permet à l'organisme de se maintenir en bonne santé.


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Résistance organisée à Iximché

 

Claude Amour

(textes et photos)

 

(A suivre.)

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by arh-est - dans plantes tropicales
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